Territoires en action

Voisin Malin : du porte-à-porte pour redynamiser les quartiers populaires


Publié le 14/12/2018

Découvrez notre chronique « Territoires en action » ! Chaque semaine, nous vous présentons un acteur local – association ou entreprise – que nous soutenons financièrement.

Chronique n° 15 : rompre avec l’image des quartiers et l’isolement des personnes éloignées des services publics par la mobilisation des habitants eux-mêmes, c’est le défi que s'est lancée la centaine de voisins malins en France. Porteurs d’un message utile comme la prévention du cancer du sein ou la sensibilisation au tri des déchets, les voisins malins frappent à la porte des habitants qui, trop souvent, se sentent seuls face aux démarches administratives et étrangers à leurs environnements.

Rencontre avec Anne Charpy, la créatrice de Voisin Malin, réseau de passeurs de l’information.

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anne_charpy_18122018.jpg, par flavictoire

 

1 - Dans quel contexte et avec quelles missions, en particulier, s’est créée l’association ?

Une expérience fondatrice a eu lieu au début des années 1990 : j’avais 25 ans et je me suis rendue au Chili dans un programme de micro-crédit. Ce programme m’a permis de rencontrer des micros-entrepreneurs dans les bidonvilles. Ces personnes, dès lors qu’elles recevaient de manière inespérée un micro-crédit avaient pour première préoccupation que d’autres personnes en profitent. Pour se prémunir face aux difficultés rencontrées, elles ont créé une coopérative de syndicats professionnels qui a mis en place un fond de solidarité et s’est présentée au maire en tant que force pour le territoire, lui demandant de faire connaître ses produits. Après cette expérience, je me suis dit qu’en France aussi on avait des gens à écouter dans les quartiers. Mon idée alors, c’était de bosser au cœur de la politique de la ville. En 2008, le maire de Grigny (Essonne), la ville où je travaillais, n’a été réélu qu’avec à peine 2 000 voix sur 27 000 habitants, ce qui m’a profondément marquée. Pour les décideurs dont je faisais partie, il fallait que les services et les habitants puissent se rencontrer. Les institutions n’étant plus le lieu adéquat et les associations étant à bout de souffle, il fallait inventer quelque chose de nouveau. L’association s’est ainsi créée autour d’habitants ressources, qui avaient envie de changer la situation.

2 - Quelles sont les principales actions conduites, aujourd’hui ?

Voisin Malin, ce sont des personnes qui ont un contrat de travail pour porter un message construit avec un partenaire. Ce sont des contrats de prestations avec les bailleurs sociaux, les mairies ou encore Veolia pour les missions de services publics sur l’eau, par exemple. Le porte-à-porte, c’est vraiment quelque chose qu’on fait de manière professionnelle. On noue des relations avec les gardiens d’immeubles et les voisins malins s’approprient les sujets, après avoir été formés par les partenaires. Notre seul objectif, c’est que les gens se posent des questions et se sentent concernés. Naturellement, on les guide pour qu’ils se disent qu’ils peuvent changer ou faire quelque chose.

Sur la thématique de l’eau, la sensibilisation aux compteurs individuels permet de suivre la consommation et de faire baisser les factures. Pour la prévention du cancer du sein, il faut vérifier s'il y a des radiologues qui peuvent effectuer la mammographie et que les habitantes puissent s’y rendre. C’est concret. L’idée, c’est que les gens se réapproprient ce qui se passe autour d’eux.

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voisins_malins_3_18122018.jpg, par flavictoire

À Villiers-le-Bel, dans le Val d’Oise, Abdeljebar est un « voisin malin », qui fait du porte-à-porte à la rencontre des habitants de la résidence Lucie-Aubrac pour les informer sur le tri des déchets.

3 - De quelle réussite êtes-vous la plus fière ?

C’est de voir cette centaine de voisins malins convaincue de l’importance de son rôle. Certaines voisines ne sont pas toutes jeunes et, alors qu’elles ont des boulots à côté, prennent le temps d’aller faire ce porte-à-porte pendant les week-ends. L'une d'elle me disait, l’autre jour, que ce qui la nourrit, c’était d’avoir des discussions avec ces personnes très différentes et qu’elle ne connaissait pas. Ce dont je suis fière, c’est cette preuve que, finalement, beaucoup de gens, en étant outillés et accompagnés, peuvent tisser des petites choses qui mises bout à bout peuvent créer du changement. Et les maires des villes où nous sommes présents le constatent. Les habitants sortent de leur isolement et rejoignent des associations ou les conseils citoyens… Avec pas grand-chose, on peut révéler les envies, le potentiel des gens.

4 - Comment le travail de l’association s’inscrit-il, plus globalement, dans l’action locale ?

L’idée, c’est vraiment que les gens se réapproprient ce qui se passe autour d’eux dans le quartier. Les voisins malins, après huit ans d’expérience à Courcouronnes (Essonne) par exemple, sentent que le climat dans une résidence réputée tendue a complètement changé. Le gardien est plus serein, les gens sont bienveillants les uns avec les autres. Leurs passages répétés sur différentes thématiques animent le quartier.

Aujourd’hui, l’association est présente dans 14 villes – en Essonne, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d’Oise, à Paris, à Lille, à Villeurbanne et plus récemment à Marseille – et a vocation à s’étendre. Début 2019, l'association Voisin Malin s’installe à Roubaix, Vénissieux et à Nantes.

5 - Qu’évoquent pour vous les « Territoires en action » ?

Ça parle de deux choses qui finalement sont très proches de notre action. L’association Voisin Malin est présente sur des territoires, mais plus encore dans des quartiers. On est sur de l’hyper proximité. Les voisins malins, en se réunissant une fois par mois, échangent sur leur fonctionnement et sur les thèmes abordés lors de leurs missions : santé, éducation, culture… Tout est mis en œuvre pour rattacher ces réflexions à une action concrète pour que les gens vivent mieux. On invente le métier, l’action à partir du terrain.

Fiche d’identité
Nom : Voisin Malin
Date de création : 2011
Secteur d’activité : lien social, entraide
Taille de l’association : 80 salariés
Périmètre : quartiers prioritaires de la politique de la ville dans 14 villes (11 en Île-de-France ainsi que Lille, Marseille et Villeurbanne)
Action de l’association : 150 000 habitants touchés en 2017
Contact : http://www.voisin-malin.fr/

 

© Arnaud Bouissou