L'INVITÉ

« L’Alliance des territoires est l’une des premières pierres de la relance à venir »


Publié le 26/05/2020

Interview de Jean-Luc Moudenc, président de France urbaine et membre du Conseil d’administration de l’Agence nationale de le Cohésion des territoires.

En tant que président de France urbaine, quelle rôle souhaitez-vous impulser aux métropoles dans la relance des activités (économiques, éducatives, de transport…) ?

Au plus fort de la crise sanitaire, nos territoires urbains ont fait preuve de leur agilité, de leur capacité d’adaptation et de leur force d’innovation pour trouver, face à une situation imprévisible, des solutions nécessairement inédites. Ils ont coordonné des capacités d’actions en matière sanitaire, économique et sociale pour que le pays continue de fonctionner et que notre cohésion républicaine ne soit pas compromise. C’est sur cette capacité de résilience et de réactivité que nous devrons construire la relance. Les répliques économiques et sociales de l’épidémie seront sans précédent : elles supposent de faire confiance à ces territoires qui détiennent nombre des solutions pour articuler relance économique, transition écologique et impératif inclusif.

Votre association a préparé un « plan de relance écologique et social », quels sont les leviers de ce plan ?

La crise a souligné notre dépendance collective à des circuits de production mondialisés, et a rappelé la fragilité de certains de nos secteurs stratégiques – je pense notamment au tourisme ou aux transports publics – face au confinement. France urbaine a formulé plusieurs propositions : poser des conditionnalités écologiques et sociales à la relance, renforcer le secteur de l’économie sociale et solidaire et l’économie circulaire, poursuivre la décarbonation de nos transports et la lutte contre la précarité énergétique…

Comme les plus fragiles d’entre nous ont été les plus durement touchés, nous demandons également plus de marges de manœuvre en matière d’insertion, d’inclusion économique et d’emploi.

La relance écologique ne peut être que sociale, et réciproquement. Nous sommes prêts à agir encore plus : mais il faut nous faire confiance et nous donner les moyens d’agir et d’investir.

Quelle coopération entre les territoires pour soutenir ces projets ?

D’abord, les segmentations traditionnelles urbain/rural n’ont pas eu grand sens face à un virus qui a largement ignoré nos frontières administratives et culturelles. Ensuite, nous avons répondu par la solidarité et la coopération entre territoires : en matière sanitaire, quand il a fallu organiser le transfert de patients depuis les régions les plus durement touchées, en matière alimentaire aussi, à travers l’ensemble des circuits-courts qui se sont renforcés pour garantir l’approvisionnement en produits locaux.

Dans des périodes de crise où tout menace de se fragmenter, la réponse est la coopération. Mobilités, relocalisation de biens essentiels à la subsistance collective, organisation sanitaire, accès au numérique… l’Alliance des territoires est l’une des premières pierres de la relance à venir. Nous avons engagé avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires un important travail de recensement et d’analyse de ces coopérations pour les renforcer, et nous sommes prêts à travailler encore plus sur ce sujet demain.

France urbaine siège au conseil d’administration de l’Agence nationale de la cohésion des territoires. Quelle place entendez-vous y tenir pour favoriser le déploiement des programmes de l’Agence ?

Nous parlions de relance écologique et sociale. Le seul moyen de la concrétiser, c’est de faire confiance aux territoires et d’accompagner leurs projets. Cela fait des années que les territoires urbains sont pleinement engagés pour la transition écologique, le renforcement de l’Alliance des territoires, le déploiement d’actions innovantes en matière d’inclusion et d’emploi. Il faut nous permettre de continuer.

C’est pourquoi nous proposons de longue date une rénovation des relations contractuelles entre l’Etat et les territoires. La réponse à la crise, qui a exigé résilience, confiance et réactivité, en a été la preuve. L’un des instruments majeurs de la relance sera donc une contractualisation rénovée, assise sur le projet de territoire, construite de manière ascendante et propice aux coopérations. L’heure n’est plus à la multiplication d’appels à projets descendants et de plans sectoriels par « catégories » de territoires. Il nous faut renforcer des écosystèmes inclusifs et résilients pour absorber le choc de la crise et accélérer notre transition vers un monde plus vivable et durable. Cela veut dire faire système, et pas faire concurrence.

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