TÉMOIGNAGES DE DÉLÉGUÉS DU GOUVERNEMENT

«Les délégués du Gouvernement sont des microchirurgiens»

Sylvie Feucher coordonne l'action des 10 délégués du Gouvernement.

Crédit photo : N. Moulène/Communication CGET


Publié le 06/10/2016

Dix cadres de haut niveau de la fonction publique ont été recrutés pour venir en renfort des équipes déconcentrées de l’État. Ils interviennent dans dix quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), où le dispositif des délégués du gouvernement est actuellement expérimenté pendant un an. Les premiers retours sont très positifs. Focus.

« Vous devez faire en sorte que l’action publique se voie, « à vue d’œil ». Que les habitants des quartiers, qui ont des raisons légitimes de s’impatienter et de douter, [constatent] que la puissance publique est bien là pour eux, et qu’ils soient rassurés ». Voilà la mission que confiait Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, aux délégués du Gouvernement, lors du lancement officiel, en juin dernier, de ce dispositif expérimental. Un dispositif annoncé par le Gouvernement à l’issue du comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté du 26 octobre 2015.

Sélectionnés pour leur personnalité et leur sens du service public, ces délégués interviennent dans dix sites, définis par le CGET : Amiens, Mantes-la-Jolie, Grigny, Trappes, Mulhouse/Illzach, Toulouse, Kourou/Cayenne, Avignon, Vénissieux/Saint-Fons et Marseille.

Un appui supplémentaire pour les quartiers

Depuis mai dernier, dix fonctionnaires viennent en appui des services déconcentrés de l’État dans les QPV, sur un ou deux sujets prioritaires, identifiés par le préfet et les élus. « Les délégués du Gouvernement sont des microchirurgiens qui concentrent leur action sur un domaine bien spécifique pour obtenir des résultats concrets et rapides », explique Sylvie Feucher, la coordinatrice nationale du dispositif.

Leur méthode de travail ? Mobiliser tous les services de l’État et multiplier les interactions entre les acteurs publics, privés ou encore associatifs au bénéfice des habitants du ou des quartiers sur lesquels ils interviennent. « Les délégués peuvent apporter aux services de l’État une aide technique au montage de projets qui peuvent, par exemple, avoir pour objectif l’éducation, l’accompagnement personnalisé vers l’emploi, ou encore l’accès au droit ou aux soins. Les délégués, qui ont été recrutés à la suite de l’appel à candidatures sont des agents de catégorie A ou A+ très expérimentés, ont un profil de techniciens », souligne Sylvie Feucher.

Paroles de délégués

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portrait_denis_bouclon.png, par flavictoire

Proviseur du ministère de l’Éducation nationale, Denis Bouclon est délégué du Gouvernement dans le quartier d’Amiens Nord

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes en poste depuis le 11 juillet dernier. Sur quelles thématiques travaillez-vous ?

J’ai été enseignant dans des établissements scolaires de quartiers populaires et de zones rurales. Le préfet de la Somme a souhaité, logiquement, que j’intervienne sur les questions d’éducation et, plus particulièrement, sur la réussite éducative et la lutte contre le décrochage scolaire.

Dans ces territoires, l’une des premières difficultés des élèves, c’est l’autocensure. Ma mission vise donc de permettre aux élèves des quartiers Nord les moyens de choisir leur orientation, à leur ouvrir le champ des possibles.

Vous êtes en poste pour un an. Quel est le calendrier des actions que vous allez mettre en place ?

Je travaille actuellement sur la mise en œuvre de conventions de partenariat entre les grandes écoles de l’enseignement supérieur de la région – Institut d’études politiques (IEP) de Lille, École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), Université de technologie de Compiègne (UTC) – et les lycées Delambre-Montaigne et Romain-Rolland, deux établissements implantés dans le quartier.

Tutorat, cours d’expression orale et d’éloquence… Il s’agira, dès janvier prochain, de donner aux lycéens qui le souhaitent, toutes les chances pour s’engager dans l’une ou l’autre de ces filières d’excellence.

En parallèle, je travaille également à l’ouverture, en novembre 2017, d’une classe d’orchestre en 6e au collège Rep+ César-Franck. J’accompagne également le lancement d’une résidence-mission confiée à un journaliste et menée à des fins d’éducation aux médias ; l’ouverture d’une crèche à vocation d’insertion professionnelle ; l’installation d’un collectif d’artistes au cœur du quartier et le développement de médiathèques ouvertes à tous.

Ces projets éducatifs et culturels sont menés en partenariat avec les services déconcentrés de l’État (ministères de l’Éducation nationale, de la Ville, de la Culture), les élus, les enseignants et le tissu associatif. Mon rôle, c’est aussi de créer des ponts, d’initier des collaborations entre ces différents acteurs. L’objectif, c’est d’aller vite !

 

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portrait_laurence_milliat.png, par flavictoire

Ex-directrice de la filière parents-enfants de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), Laurence Milliat est déléguée du Gouvernement sur la thématique santé dans le XVe arrondissement de la cité phocéenne.

 

 

 

 

 

Vous avez été officiellement installée dans votre fonction de déléguée du Gouvernement pour le 15e arrondissement de Marseille, le 2 juin dernier. Quelle est votre mission ?

De nombreux acteurs interviennent sur les questions de santé et de prévention, les praticiens, bien sûr, mais aussi l’agence régionale de santé, la caisse d’allocations familiales, la caisse primaire d’assurance-maladie, la caisse d’assurance retraite et de santé au travail, l’Éducation nationale, les associations locales, ou encore les services déconcentrés de l’État…

Ma mission consiste à amplifier et à créer de nouvelles collaborations entre ces acteurs aux cultures professionnelles bien différentes.

Sur quels projets travaillez-vous ?

Je travaille actuellement sur l’accompagnement de l’ouverture de centres de santé. Le XVe arrondissement de Marseille – qui compte 80 000 habitants – présente, en effet, un taux en équipements médicaux bien inférieur au reste de la ville. Il est important que les politiques d’aménagement urbains intègrent les sujets de santé, de prévention et d’accès aux soins.

La signature prochaine de la convention pluriannuelle de renouvellement urbain est une opportunité à saisir pour que soient mieux pris en compte les enjeux de santé publique. J’y travaille avec le préfet. Par ailleurs, la Région a répondu à l’appel à projets « laboratoires d’innovation territoriale », porté par le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP).

Notre ambition, si la candidature est retenue, vise la création d’un lieu d’échanges, de réflexion et de propositions pour permettre aux acteurs publics et associatifs d’imaginer avec des représentants des usagers comment remédier, notamment, aux problèmes de non-recours aux droits et de renoncement aux soins.

 

Dernière minute
 

Henrietta Van Keeken a été officiellement installée dans ses fonctions de déléguée du Gouvernement pour les villes de Cayenne et Kourou, le 27 septembre dernier par Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, lors de son déplacement en Guyane et aux Antilles.

 

 

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