CHARTE « ENTREPRISES & QUARTIERS »

Une dynamique locale qui prend de l’ampleur

Rencontre nationale des référents locaux de la charte «Entreprises & Quartiers»


Publié le 03/02/2017

Le CGET a organisé, le 31 janvier dernier, la rencontre nationale des référents locaux de la charte « Entreprises & Quartiers ». Environ 80 participants issus des services de l’État déconcentré, des réseaux d’entreprises, ainsi que de grands groupes et PME y ont participé. L’occasion de recueillir leurs témoignages et de mettre en avant la dynamique de proximité, qui se confirme dans les territoires.

Contexte

La charte « Entreprises & Quartiers » compte, aujourd’hui, près de 70 entreprises adhérentes à l’échelle nationale. Dans les territoires, plus de 600 acteurs économiques (industrie, logistique, transport, bancassurance…) participent à des déclinaisons locales de la charte. Ils mettent ainsi en œuvre des actions concrètes dans plus de 40 départements de l’Hexagone et de l’outre-mer.

Témoignages

demba_yatera-.png

demba_yatera-.png, par flavictoire

Jeune dirigeant, Demba Yatera est à la tête d’ESP, une PME de 100 salariés spécialisée dans la sécurité des biens et des personnes

 

 

 

 

 

 

« J’ai signé la charte « Entreprises & Quartiers », en décembre dernier, avec 16 autres entreprises des Yvelines. C’est le réseau Face qui me l’a fait connaître. Ça correspondait à une démarche que je menais déjà seul, de mon côté, pour accompagner des jeunes issus des quartiers dans la formation et l’emploi.

Depuis, nous sommes intervenus auprès de missions locales, et nous avons accueillis des stagiaires en insertion professionnelle. Nous avons aussi présentés nos métiers dans un collège.

Né à Trappes, je viens moi-même d’un quartier ; je connais bien les difficultés pour entrer en contact avec les entreprises en tant que candidat. Ma société est installée à Montigny-lès-Bretonneux (78), et sur sa centaine de collaborateurs, 40% viennent des quartiers de la politique de la ville.

Notre activité est très réglementée, soumise à des agréments du ministère de l’Intérieur. Je suis fier de pouvoir embaucher ces personnes qui répondent à tous les critères et qui déploient une forte volonté d’accéder à l’emploi. Ils interviennent dans les missions de sécurité chez nos clients : des collectivités locales, l’ambassade de l’Inde à Paris, le vélodrome national de St-Quentin-en-Yvelines, une grande entreprise de location de voitures…

À l’origine, j’ai suivi une formation CAP-BEP plomberie, avant de travailler comme agent de sécurité. J’avais envie de devenir entrepreneur depuis un moment. Quand j’ai repris la société en 2009, à l’âge de 29 ans, elle allait déposer le bilan. C’était une opportunité pour moi. Et, quand on est issu d’un quartier, ça fait la différence dans une situation à risque comme celle-ci : on n’a pas froid aux yeux ; on a la rage au ventre pour s’en sortir.

Ce que j’espère de la charte « Entreprises & Quartiers », c’est aussi de sensibiliser les grandes entreprises à embaucher des gens des quartiers, à tous les niveaux de formation, et de les convaincre de faire une place à des entreprises comme la mienne parmi leurs prestataires. »

thierry_merlaud.png

Thierry Merlaud, manager de l’engagement sociétal à la SNCF pour la région Nouvelle Aquitaine

 

 

 

« Localement, la direction régionale SNCF Mobilités Nouvelle-Aquitaine a souhaité décliner la charte signée au niveau national par SNCF. Nous avons donc adhéré à la charte « Entreprises & Quartiers » de Limoges en mars 2016, avec neuf autres entreprises présentes dans la région, comme Engie, Schneider Electric, EDF ou Legrand.

Vu notre ancrage territorial, notre politique RSE nous permet d’agir au plus près du public, de se préoccuper de leurs difficultés, notamment en menant des actions concrètes auprès des populations des QPV. L’implication des salariés SNCF se matérialise par des interventions en milieu scolaire sur la sécurité ou le civisme, par exemple, ou en accompagnant des personnes en insertion professionnelle lors de simulations d’entretien d’embauches, pour la rédaction d’un CV, etc.

Ici, à Limoges, un vrai collectif « charte Entreprises & Quartiers » s’est constitué autour de la déléguée du préfet. Il est animé par le directeur de Face Limousin. Depuis un an, plusieurs groupes de travail se sont formés, créant ainsi une véritable dynamique collective, porteuse d’initiatives communes. Parmi nos actions mises en œuvre, la plus significative consiste à créer un « guichet unique » pour établir un catalogue d’offres des stages, proposés par les dix entreprises signataires, et le transmettre aux établissements scolaires. Le but est d’aider les collégiens de 3e dans leur recherche de stage d’observation.

Citons également la célébration, en mars prochain, du premier anniversaire de la charte « Entreprises & Quartiers » de Limoges. À cette occasion, chaque entreprise déjà signataire s’est engagée à parrainer un nouveau partenaire. Notre objectif est d’encourager d’autres entreprises locales à nous rejoindre dans ce mouvement. »

 

Bonnes pratiques

  • Bouches-du-Rhône

Dans ce département, la charte est portée par le préfet de région et le préfet délégué à l’égalité des chances. 51 entreprises locales ont signé une convention et se sont engagées à mener au moins trois mesures de la charte : action en faveur de l’égalité femme/homme, accès aux stages en entreprises pour les collégiens, démarches ciblées sur les jeunes diplômés des quartiers…

« Entre 2015 et 2016, 17 entreprises ont recruté 526 personnes en contrats aidés et en alternance, indique Aude Chatôt, chargée de mission Emploi, insertion et développement économique au cabinet du préfet délégué pour l’égalité des chances. 226 autres ont accédé à un emploi grâce aux clauses d’insertion, notamment par le biais d’un gros bailleur social engagé dans la charte. Autre  réalisation : 18 entreprises ont accueilli 185 élèves de 3e en stage. »

Dans les Bouches-du-Rhône, Carrefour Market s’attèle à l’insertion des jeunes en s’appuyant sur les missions locales, l’École de la 2e chance et la fondation Apprentis d’Auteuil. L’entreprise leur ouvre ses métiers en proposant un « parcours sécurisé » avant un emploi durable. Dans différents magasins, 12 jeunes ont ainsi suivi un programme de formation de 450 heures, étalées sur neuf mois, avec rencontres des salariés, coaching, immersion de terrain, tutorat, remise à niveaux en maths et en français… Ce programme commence à s’étendre  sur d’autres territoires.

  • Haute-Vienne

Ici, la charte est animée par la déléguée du préfet. Autour d’elle, dix entreprises signataires, publiques et privées, très impliquées localement (lire témoignage de la SNCF ci-dessus) depuis mars 2016. Au sein d’un comité de pilotage, elles ont constitué quatre groupes de travail (scolaire, formation/stage, entrepreneurs des quartiers, communication) pour développer des actions collectives et partager leurs expériences.

« Pour soutenir l’entrepreneuriat, nous allons à la rencontre des entrepreneurs des quartiers, déclarés ou pas, avec le soutien des associations ou grâce au bouche-à-oreille. Ça nous permet de repérer les projets et les idées, de donner envie de créer de la valeur et de la richesse dans les quartiers », expose Thierry Beaudouin délégué régional d’Engie, en Limousin.

Pour soutenir cette action, les entreprises de la charte participent à l’animation d'un « Centre d’affaires des quartiers », situé dans le quartier prioritaire de Beaubreuil. Ce tiers-lieu propose un point d’information et des animations pour accompagner et former les entrepreneurs, met à leur disposition du matériel de bureau, etc.

Pour marquer leur première année d’engagement, les dix entreprises veulent déployer des actions de communication auprès des jeunes des quartiers, des enseignants et chefs d’établissements, des élus… À l’occasion de cet anniversaire, le 11 mars prochain, sera proposé un événement ouvert au public et aux élus autour d’un match de handball, le club limogeaud, qui s’entraîne dans un quartier de la politique de la ville, souhaitant rejoindre la charte.

À noter : le CGET va prochainement éditer une e-newsletter trimestrielle, destinée à la communauté des acteurs de la charte « Entreprises & Quartiers ».

 

Pour aller plus loin

Consulter le guide pratique de la charte, le rapport d’étude sûre déclinaison territoriale (juillet 2016) et le courrier des ministres aux préfets (juin 2016).

Un peu d’histoire
 

Initiée en 2013, la charte « Entreprises & Quartiers » vise à engager les entreprises dans une démarche d’accès à l’emploi et à la formation pour les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi qu’à agir pour le développement économique, social, éducatif et culturel au sein des quartiers.
 
À l’origine, une quarantaine de grandes entreprises nationales, essentiellement des grands groupes, ont rejoint la charte. Elles sont près de 70 actuellement. Depuis 2016, l’ancrage territorial se développe à un rythme soutenu grâce aux déclinaisons locales, avec une grande diversité et souplesse de mise en place. Elles permettent d’inscrire les actions dans la proximité, à l’échelle d’un quartier, d’une ville ou d’un département selon le rayonnement de l’entreprise engagée, selon les spécificités des territoires.
 
Et demain ?
 
Aujourd’hui, le CGET – qui assure l’animation de la charte avec l’appui des réseaux d’entreprises Les Entreprises pour la Cité ainsi que la fondation FACE et le réseau des Crepi – promeut aussi la charte auprès des entreprises qui bénéficient de la prime d’aménagement du territoire (PAT), dont il assure le secrétariat pour la Commission interministérielle des aides à la localisation des activités.
 
Renseignements : Laure Cardinal - laure.cardinal@cget.gouv.fr

 

© N. Kharbache/Communication CGET