Questions à Mohamed Douhane, chargé de mission sécurité, prévention de la radicalisation et de la délinquance au CGET

© A. Dattola/Communication CGET


Publié le 14/06/2017

Comment se caractérise la radicalisation religieuse ?

La radicalisation n’est pas un délit. C’est un comportement qui peut conduire certaines personnes à l’extrémisme, voire au terrorisme. Elle concerne majoritairement des adolescents et des jeunes adultes en situation de fragilité sociale et psychologique. Les phénomènes de radicalisation sont particulièrement sensibles à gérer et complexes à appréhender.

La prévention de la radicalisation représente un vaste chantier, confirmé par le Comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté (Ciec) du 26 octobre 2015. Toute la question est de savoir quelles mesures mettre en place sans porter atteinte à la liberté de culte et de conscience, qui est l’un des piliers de la loi sur la laïcité de 1905.

Quel bilan peut-on faire du plan de prévention de la radicalisation intégré aux contrats de ville ?

Le démarrage a été difficile en raison de la grande sensibilité et de la complexité du sujet. Mais, à ce jour, le bilan est plutôt positif : 70 % des départements concernés ont élaboré leur plan, conformément aux mesures du Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) du 9 mai 2016. Le Gouvernement a décidé, le 22 novembre dernier, d’y consacrer trois millions d’euros supplémentaires, au titre des crédits du Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (FIPD).

Quels types d’actions se déploient concrètement sur le terrain ?

C’est sur le volet de la prévention dite « primaire » de la radicalisation que les mesures les plus innovantes sont mises en place dans le cadre des contrats de ville. Elles combinent des approches éducatives, sociales et psychologiques et mobilisent des dispositifs – notamment soutenus par la politique de la ville – qui concourent utilement à la lutte contre la radicalisation : soutien à la parentalité et aux familles, pédagogie des valeurs de la République et de la laïcité, santé mentale…

La formation des acteurs locaux, des élus et des agents publics communaux et intercommunaux est également une priorité relevée dans la quasi-totalité des départements. Mais la mise en œuvre de ces plans de prévention est récente. Il faudra un peu de temps pour que leur impact sur le terrain soit visible et puisse être évalué rigoureusement.

Au niveau européen, quels dispositifs sont mis en place ?

La coopération européenne commence à prendre forme. Elle est notamment développée entre la France et la Belgique, fortement impactées par la radicalisation islamiste.

Depuis février dernier, nos deux pays organisent une série de séminaires, à Paris et à Bruxelles, avec une cinquantaine de spécialistes. Ces acteurs ont manifesté une forte volonté d’échanger les bonnes pratiques dans des domaines variés : formation des professionnels et des intervenants de terrain, éducation aux médias, accompagnement individualisé des jeunes en rupture, détection des signes de radicalisation, dialogue interculturel et liberté d’expression… Le prochain séminaire devrait se dérouler fin 2017.

Par ailleurs, le Réseau européen EUKN (European Urban Knowledge Network) et ses partenaires aux Pays-Bas, en Belgique et en France (via le CGET) se sont aussi saisis des enjeux de la prévention et de la lutte contre la radicalisation (lire notre article). Cette coopération, prévue sur le temps long, doit permettre de mutualiser nos compétences afin d’accroître notre efficacité globale en terme de prévention de la radicalisation.

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