L’expert du CGET

Les cités éducatives, un projet global et ambitieux autour de l’école


Publié le 08/11/2018

Le 5 novembre dernier, à Nîmes, Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, ont annoncé le lancement de cités éducatives. Vincent Léna* sera le coordonnateur national de ce programme interministériel et partenarial. Il nous présente ce label d’excellence qui sera déployé dans une soixantaine de sites, en septembre 2019.

De quoi s’agit-il et à quels besoins répond ce nouveau dispositif ?

Comme l’a rappelé le président de la République, l’éducation est le levier principal, et fondamental, pour l’émancipation des habitants des quartiers populaires. Le volet éducatif est inhérent à la politique de la ville. Dès la création des zones d’éducation prioritaire en 1981, les pouvoirs publics se sont préoccupés de compenser les inégalités scolaires vécues par les populations et les territoires les plus fragiles par des moyens supplémentaires. Aujourd’hui, nous arrivons à une nouvelle étape, qui nécessite une autre méthode de travail.

L’idée des cités éducatives, venues du terrain, c’est d’organiser la galaxie des acteurs autour de l’école : enseignants et parents qui sont les premiers concernés, mais aussi animateurs ou médiateurs municipaux, travailleurs sociaux, professionnels des PMI, référents de parcours ou de soutien scolaires, éducateurs sportifs, bibliothécaires, Atsem, etc. En somme, tous ceux qui partagent les mêmes valeurs et peuvent contribuer à la continuité éducative, dès la petite enfance. Chacun dans son rôle, mais en recherchant la cohérence et l’efficacité sur la durée.

Quel sera donc le rôle de ces cités éducatives ?

Chaque projet de cité éducative devra être à la fois global et ambitieux. Trois champs clés seront identifiés : conforter le rôle de l’école et la réussite scolaire (climat scolaire, carte scolaire et renouvellement urbain, structuration des réseaux, innovation pédagogique, formation et fidélisation des équipes, orientation, soutien scolaire…), assurer la continuité éducative dans le temps périscolaire (ouverture de places de crèche et convergence du travail social dès la petite enfance, offre éducative personnalisée de sport, culture ou loisir, persévérance scolaire et raccrochage…) et ouvrir le champ des possibles en impliquant des établissements culturels, des entreprises, le numérique, les déplacements, etc. Bref, élargir les horizons pour que les enfants puissent se projeter en dehors de leur quartier et dans des métiers plus ouverts que ceux qu’ils connaissent par leurs parents et leur milieu.

À l’exemple de l’Éducation nationale qui a engagé des mesures importantes – comme le dédoublement des classes de CP et CE1 ou la scolarisation dès l’âge de 3 ans – et qui s’impliquera directement dans la conception et le pilotage des cités éducatives à partir, notamment, des collèges têtes de réseau, nous envoyons un message très fort aux parents et à l’ensemble de la communauté éducative : il est temps de réaliser la grande alliance des adultes pour faire réussir la jeunesse des quartiers !

Pour répondre à cette ambition, les cités éducatives appuieront des projets pensés et pilotés localement, selon les besoins de la population, avec les ressources et les acteurs du territoire, au premier rang desquels les communes concernées, avec leurs agglomérations, départements et régions.

Mais ces projets s’inscriront dans une ambition nationale, portée le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales et par le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, en lien avec l’Anru, la Délégation interministérielle de prévention et de lutte contre la pauvreté et les autres ministères concernés, par exemple l’Enseignement supérieur, la Culture, la Santé ou la Formation.

Où et quand les cités vont-elles se mettre en place ?

Ce label s’adressera, en priorité, aux grands quartiers prioritaires, en renouvellement urbain et sans mixité scolaire, soit 60 sites environ en métropole et outre-mer. On y trouvera des villes déjà « exemplaires » dans leur action éducative, qui seront des locomotives pour mobiliser autour de ce projet d’ampleur.

Le label de cité éducative vise d’abord la reconnaissance de l’ambition éducative du territoire et de l’attractivité du système éducatif pour les parents, les jeunes et les professionnels. Il permettra aussi d’obtenir un appui en ingénierie et un soutien financier de l’État, en plus des moyens mobilisés localement. Le projet de loi de finances 2019 prévoit ainsi, notamment, une enveloppe de 34 millions d’euros dédiée au programme des cités éducatives, et d’autres mesures qui pourront y contribuer directement, en plus des moyens des autres ministères.

Le 5 novembre dernier, les ministres Julien Denormandie et Jean-Michel Blanquer ont annoncé, à Nîmes (Gard), le lancement de cette expérimentation décidée par le Gouvernement le 18 juillet 2018. Actuellement, nous sommes en train de finaliser le cahier des charges indicatif qui permettra aux villes et agglomérations sollicitées de s’inscrire dans cette démarche en vue de leur labellisation, d’ici le printemps 2019. Et, concrètement, les cités seront en place à la rentrée 2019.

Quel est le rôle du CGET et comment est pilotée cette expérimentation ?

En tant que coordonnateur national, co-mandaté par les deux ministres, je serai rattaché au CGET, qui sera avec l’Éducation nationale la cheville ouvrière du projet, par essence interministériel et partenarial. Le CGET accompagnera le déploiement et le suivi de l’expérimentation, en lien avec ses correspondants ministériels, le réseau préfectoral et académique, les grandes associations d’élus, les réseaux professionnels et les fédérations associatives.

Dans les territoires concernés, chaque projet de cité éducative prévoira un dispositif spécifique de pilotage de proximité. Celui-ci associera, en premier lieu, l’Éducation nationale, la commune et la préfecture. Les autres principaux partenaires (intercommunalité, département, caisse d'allocations familiales, région, grands réseaux associatifs…) devront également être étroitement associés. Par ailleurs, la gouvernance s’exercera aussi à travers des espaces de concertation et de partage des valeurs, des objectifs et des avancées du projet avec la communauté éducative, les parents et les habitants.

Un comité d’orientation et d’évaluation sera instauré avec les ministères, élus, associatifs, experts et usagers : parents, élèves, habitants. Il sera présidé par Sylvie Charrière, députée de Seine-Saint-Denis, vice-présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation de l’Assemblée nationale et ancienne principale de collège à Clichy-sous-Bois (93).

* Conseiller maître à la Cour des comptes, Vincent Léna est ancien délégué du Gouvernement à Grigny (91) où est né le projet des cités éducatives.

Contact : Vincent.LENA@cget.gouv.fr

Sur les mesures de soutien à la réussite éducative, lire aussi notre article (05/11/2018).