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Innovation publique : le CGET, moteur de l’intrapreuneuriat public

© A. Dattola/Communication du CGET


Publié le 24/01/2018

Rémy Seillier, chargé de projet à la cellule Stratégie de recherche et d’innovation du CGET, propose une exploration de l’innovation publique et explique la démarche d’intrapreuneuriat public.

En quoi consiste l’intrapreuneuriat public ?

Il s’agit de transformer les méthodes de travail dans une logique de modernisation de l’action publique. L’intrapreuneuriat public consiste donc à susciter et à encourager les « comportements d’entrepreneurs » au sein de l’administration publique. Pour y parvenir, se mettent en place des structures et des outils internes plus ouverts et plus agiles.

Le CGET s’inscrit explicitement dans cette logique C’est un levier essentiel pour répondre à des enjeux territoriaux de plus en plus complexes et pour soutenir des projets innovants qui émergent sur les territoires, qu’ils soient sociaux ou numériques. Nous souhaitons nous positionner comme des passeurs d’innovations et aider les expérimentations locales, qui ont fait leur preuve, à passer à une échelle nationale.

Comment sécuriser et diffuser l’innovation sociale ? Comment essaimer les projets qui ont fait leurs preuves ? Ces questions sont complexes et, au gré des explorations, nous rencontrons de nombreux partenaires. Par exemple, à travers des communautés de pratiques comme « Futurs publics » sur l’innovation publique ou « Explor’ables » sur le développement durable. Puisque nous avons des problématiques communes, le CGET a tout intérêt à mener des projets collectifs afin de répondre au mieux aux enjeux des territoires. Ce sont ces partenariats d’action que nous essayons de développer.

Comment parvient-on à concrétiser cette ambition ?

Après l’exploration, vient l’expérimentation. Nous travaillons, par exemple, sur l’essaimage d’initiatives innovantes dans l’alimentation durable. L’enjeu, c’est de donner une dimension nationale à des projets locaux qui fonctionnent bien. Les associations, les réseaux, les fédérations de professionnels, les collectivités… ont un rôle majeur à jouer pour accélérer la diffusion de ces projets d’alimentation durable. Il est donc nécessaire de s’appuyer sur leurs pratiques, de les sensibiliser à l’importance de l’essaimage et de les outiller afin qu’ils soient en capacité de mieux assurer ce rôle de « passeur ».

Sur quels partenaires s’appuie le CGET pour ce projet ?

Dès avril 2017, nous avons réuni les principaux acteurs institutionnels et les têtes de réseaux œuvrant à des dynamiques d’alimentation durable dans les territoires (ministères chargés de l’Environnement et de l’Agriculture, Ademe, Réseau rural français, Inra…) et des acteurs de l’innovation sociale qui explorent les pratiques d’essaimage (UNCCAS, Avise, Institut Godin, etc.). Au cours d’ateliers, nous avons réfléchi ensemble à des outils destinés à accélérer l’essaimage de projets. Il en est sorti l’idée d’un kit de sensibilisation et d’un Wiki, un site collaboratif, où les membres du groupe-projet peuvent mutualiser leurs ressources et échanger sur leurs bonnes pratiques.

Vous êtes également mobilisés pour favoriser le partage d’ingénierie. Expliquez-nous cette démarche.

Il s’agit de diffuser de nouvelles manières de travailler dans les collectivités en s’inspirant du mécénat de compétences. Le principe est simple : un agent territorial met à profit son savoir-faire pour répondre aux besoins ponctuels d’une autre collectivité. C’est une nouvelle façon d’aborder l’ingénierie territoriale, en favorisant les coopérations interterritoriales !

Fabrique numérique : sept agents des ministères chargés de l’Écologie et de de la Cohésion des territoires lauréats
Lors de l’inauguration de la Fabrique numérique – l’incubateur de services numériques des ministères chargés de l’écologie et des territoires –, les sept lauréats de la 1re génération d’agents intrapreneurs a été dévoilée, parmi une cinquantaine de projets proposés, le 26 janvier dernier. Leur ambition ? Faire du numérique un levier pour transformer l’action publique. La Fabrique numérique les accompagnera donc, pendant six mois, dans une démarche d’intraprenariat pour développer des services numériques répondant aux besoins de tous les usagers (entreprises, associations, citoyens) et au profit de nos politiques publiques. « Ces agents reflètent la culture d’innovation que nous souhaitons insuffler au service public. Parce qu’ils sont au contact direct de la population, ils ont l’opportunité de porter au plus près des territoires la mise en œuvre de ces services numériques dont nos concitoyens ont besoin », a souligné Julien Denormandie, secrétaire d'État à la Cohésion des territoires. Consulter le communiqué de presse.
C’est dans cette même logique – celle de l’intrapreneuriat, de l’incubation de projets et de la transformation de l’action publique – que s'inscrit le CGET, avec une approche complémentaire, centrée sur la construction de partenariats d’action au niveau national (en lien avec des têtes de réseaux, institutions, entreprises…). Il s’agit de faire émerger des projets co-construits à l’échelle nationale pour renouveler l’action publique.

L’intérêt général au centre d’un colloque organisé au Cese
Le 12 janvier dernier, le CGET organisait un colloque sur l’intérêt général, en partenariat avec le Rameau et le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Acteurs nationaux et locaux, représentants de l’État ou des collectivités, des entreprises, et des associations ont participé à cette réflexion collective, qui s’est tenue après trois années de travail préparatoire. « Ce qui m’a frappé, c’est l’extrême diversité des participants : l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), les Pôles territoriaux de coopérations économiques (PTCE), la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, le Medef et la Caisse des dépôts…, témoigne Emmanuel Dupont, responsable de l’équipe Stratégie de recherche et d’innovation du CGET. Cette diversité a permis des croisements de points de vue et d’expériences très intéressants. »
Le constat est unanime : l’intérêt général résulte d’une construction collective, qui associe tous les acteurs locaux et nationaux avec, à leurs côtés, l’État comme garant. « Les territoires foisonnent d’initiatives. C’est là que se jouent les solutions et les politiques publiques de demain, continue Emmanuel Dupont. L’enjeu, aujourd’hui, est de passer de l’échelle locale à l’échelle nationale. C’est le rôle du CGET que de se placer au milieu des territoires pour favoriser l’expérimentation, l’essaimage et le passage à l’échelle nationale. » Pour y parvenir, l’invention d’incubateurs de politiques publiques reste à impulser. 

 

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