France, Belgique et Pays-Bas développent une approche européenne


Publié le 14/06/2017

Les trois pays ont décidé de partager leurs expériences et approches de la prévention contre la radicalisation, dans le cadre d’un séminaire – un « Policy Lab » – d’EUKN*, le Réseau européen des savoirs urbains. Les actes viennent de paraître. L’occasion d’examiner les particularités et les similitudes.

Très concernés par des attentats répétés et des terroristes qui traversent leurs frontières, ces trois États ont organisé un « Policy Lab », le 20 septembre 2016. Ce séminaire a rassemblé près de 130 représentants des autorités nationales, régionales et locales des trois pays, les services publics concernés, des experts et des acteurs associatifs.

Le CGET était co-organisateur et co-animateur de la journée, du fait de son expertise sur la prévention de la radicalisation et, plus largement, sur la politique de la ville.

De quoi parle-t-on ?
Il n’existe pas de définition légale de la radicalisation. Selon le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) qui dépend du ministère de l’Intérieur, « La radicalisation est un changement de comportement qui peut conduire certaines personnes à l’extrémisme et au terrorisme. Elle concerne le plus souvent des adolescents et des jeunes adultes en situation d’isolement et/ou de rupture. Elle touche également des jeunes parfaitement insérés mais vulnérables. Le processus de radicalisation n’est pas toujours visible, mais il se traduit souvent par une rupture rapide et un changement dans les habitudes de la personne ».
C’est la définition qui fait le plus souvent référence.

Un contexte alarmant et sans frontières

Le Policy Lab consacré à la prévention de la radicalisation a relevé que « la situation en matière de sécurité en France, en Belgique et aux Pays-Bas diffère mais, dans les trois pays, la menace de l’extrémisme est palpable. En termes quantitatifs, la Belgique connaît la plus forte proportion de départs pour l’Irak et la Syrie, mais la France fournit le plus gros contingent en chiffres absolus, les Pays-Bas se situant dans la moyenne ».

Au total, on estime que 5 000 Européens sont partis en Syrie ou en Irak, dont 1 200 Français.

En chiffres 
En France, 16 000 personnes ont été signalées, à ce jour, comme radicalisées ou en voie de radicalisation (dont 4 200 personnes fortement radicalisées, suivies par les services spécialisés de la police nationale).
Environ 2 300 jeunes et 1 000 familles sont ou ont été accompagnés par les cellules préfectorales.
Source : ministère de l’Intérieur.

Des approches culturelles distinctes

Les Pays-Bas ont une organisation sociale proche du modèle anglo-saxon, où les communautés cohabitent. Ils ont longtemps considéré que les risques de dérive djihadiste pouvaient être pris en charge par des instances « régulatrices », notamment religieuses, au sein même de la communauté musulmane. En Belgique, la prévention de la radicalisation relève essentiellement d’un traitement par les travailleurs sociaux. Ces dernières années, la France n’a eu de cesse de réaffirmer son principe de laïcité et a, de son côté, pris le parti d’une approche qui allie prévention et répression (lire éclairage de M. Douhane du CGET).

Une répartition des compétences différentes

Aujourd’hui, en Belgique – qui connaît une partition culturelle et linguistique de sa population et est administrée par un pouvoir moins centralisateur que la France et les Pays-Bas –, c’est la région de Bruxelles-capitale qui exerce la compétence de coordination des politiques de sécurité et de prévention.

Aux Pays-Bas, un coordonnateur national pour la lutte contre le terrorisme et la sécurité a été désigné, mais la prévention relève davantage des municipalités. Le ministère des Affaires sociales et de l’Emploi néerlandais subventionne les initiatives de « déradicalisation » dans 20 municipalités.

Après les attentats de 2015, la France a rapidement mis en place un maillage territorial entre les services de l’État, les acteurs locaux, les professionnels de terrain (travailleurs sociaux, éducateurs…) et les associations de prévention de la délinquance (lire notre article).

La politique de la ville, élément clé de la prévention

Les trois États partagent une conviction : celle que la politique de cohésion urbaine et sociale contribue à accompagner les populations les plus fragiles, à réduire le sentiment d’abandon – et donc le risque de dérive extrémiste –, en améliorant les conditions de vie des habitants et en luttant contre les discriminations notamment.

Un des points d’accord important du Policy Lab est que « la politique de prévention de la radicalisation doit utiliser les instruments des politiques de prévention et de sécurité existantes, mais aussi ceux de la politique urbaine générale et de la politique d’intégration sociale, telle la « politique de la ville » en direction des quartiers défavorisés ».

À l’issue du séminaire, les trois États ont émis une série de constats et de recommandations, notamment :

  • la nécessité de renforcer les politiques de prévention en portant une attention particulière aux villes et en accordant aux autorités locales un rôle majeur ;
  • une approche intégrée, où tous les acteurs travaillent en partenariat en prenant en compte les situations dans leur l’ensemble, afin d’empêcher la radicalisation des individus vulnérables ;
  • l’importance de la détection précoce et le développement d’opportunités en faveur des groupes d’individus les plus fragiles ;
  • le besoin d’améliorer la collaboration et le partage d’information entre les éducateurs, travailleurs sociaux, etc., et les fonctionnaires.

Lire les actes ici.

Le CGET s’inscrit dans cette stratégie européenne. Il a également participé à un séminaire franco-belge, le 22 février dernier, sur la prévention de la radicalisation et l’extrémisme violent des jeunes. Ce groupe de travail se réunira à nouveau en fin d’année.

 

* Ces trois États font partie du réseau intergouvernemental EUKN (Europe Urban Knowledge Network) dédié aux questions urbaines.
Dans ce cadre, le CGET pour la France, le service public fédéral SPP Intégration sociale-service Politique des grandes villes pour la Belgique et le ministère des Affaires intérieures et des Relations au sein du royaume pour les Pays-Bas ont décidé d’organiser un Policy Lab. Il a réuni à Bruxelles, le 20 septembre 2016, des responsables politiques, des cadres de la fonction publique, des acteurs associatifs et des chercheurs.

Thématiques liées à l'article