Les experts du CGET

Culture et quartiers prioritaires : donner accès à l'offre et encourager les pratiques culturelles


Publié le 21/09/2017

En septembre dernier, le CGET organisait un séminaire de formation sur « Culture et politique de la ville ». Clotilde Serrand, chargée de mission au pôle Animation territoriale, et Camille Besnard, chargée de mission culture, nous en disent plus.

Les contrats de ville doivent promouvoir la culture dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). De quelle manière ?

Camille Besnard : L’engagement de la politique de la ville en matière de culture est très soutenu. En 2016, les crédits du programme 147 « politique de la ville » au titre de ce volet atteignent 20 millions d’euros. Concrètement, ils doivent poursuivre deux objectifs : l’accès à l’offre culturelle (c’est-à-dire les équipements labellisés ou financés par l’État et les collectivités territoriales, comme les bibliothèques, les musées, les écoles de musique…) ; le développement des pratiques artistiques par les habitants, petits et grands, dans tous les domaines (musique, théâtre, danse, photo, dessin, etc.).

Face au chômage, aux difficultés en matière d’éducation ou d’accès aux soins, la culture peut sembler ne pas être une priorité. Quel est l’enjeu ?

C. B. : Pouvoir renforcer, simultanément, une offre et une pratique culturelles pour les habitants des quartiers populaires, c’est un moyen considérable de cohésion sociale et un enjeu d’équité territoriale. La culture est un outil permettant de changer de regard sur les inégalités femmes-hommes ou les discriminations, par exemple.

Clotilde Serrand : Autre exemple, un projet artistique ou théâtral conduit avec des artistes professionnels, est un outil d’expression des habitants sur leurs vécus, leur quotidien. Nous constatons que beaucoup de délégués du préfet s’emparent de ce vecteur artistique pour travailler avec les habitants sur des sujets graves. La culture peut devenir un levier de prévention de la délinquance ou de la radicalisation.

Y a-t-il un dispositif emblématique ?

C. B. : Les orchestres Démos, (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale), par exemple. Le premier a été expérimenté en 2010, en Île-de-France, à partir des constats que les quartiers de la politique de la ville sont peu investis par les institutions musicales et que l’inscription de jeunes issus des QPV pâtit de freins économiques et sociaux.
L’idée ? Pendant trois ans, des enfants de 7 à 12 ans participent à des ateliers pédagogiques, avec d’autres jeunes issus des centres villes ou des zones rurales. Chacun d’entre eux bénéficie de cours gratuits et se voit offrir un instrument de musique. Grâce à ce tremplin, environ 50 % d’entre eux rejoignent ensuite un conservatoire classique.
Ce dispositif de démocratisation de l’accès à la pratique musicale a bien essaimé. Le Comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté d’octobre 2015 avait fixé un objectif de 30 orchestres Démos d’ici 2018. Objectif déjà atteint : on en compte 18 en régions, 10 en Île-de-France et 2 en outre-mer.

20 millions d’euros accordés aux 435 contrats de ville pour promouvoir l’offre et la pratique culturelles dans les quartiers prioritaires.​

Quel était l’objectif de la formation que vous avez organisée les 28 et 28 septembre derniers, au CGET ?

C. S. : Cette formation est venue confirmer que la culture n’est pas superflue dans les quartiers prioritaires et que les actions ne sont pas forcément lourdes ni onéreuses à mettre en place. Nous cherchons à sensibiliser les réseaux de l’État, en particulier les délégués du préfet, aux projets culturels ou, encore, aux possibilités d’accès des habitants des quartiers aux métiers de la culture.
La culture est une compétence partagée entre l’État et les collectivités locales, qui implique beaucoup d’acteurs institutionnels, d’associations, de professionnels… La question de la coopération entre tous ces acteurs est très importante. Le séminaire sera ainsi l’occasion, pour les participants, de partager leur vécu et leurs expériences.
Pour mener leurs actions, ils peuvent s’inscrire dans le cadre de référence de la convention 2016-2020, signée avec le ministère de la Culture. Outil majeur mis à la disposition des professionnels, cette convention sera présentée aux participants.

Consulter la convention interministérielle d’objectifs entre le ministère chargé de la Ville et celui de la Culture ici.

 

Les bibliothèques, lieux de cohésion sociale
La France dispose d’un réseau de bibliothèques et de médiathèques publiques de plus de 16 500 équipements. 768 d'entre eux se trouvent dans un quartier prioritaire ou à proximité (moins de 500 m). L’accessibilité rapide est un atout pour la fréquentation du public, mais se pose aussi la question de l’offre, des horaires et des services adaptés aux besoins des habitants pour que ces établissements remplissent leurs missions culturelles et sociales.
Le 8 septembre dernier, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a lancé une mission sur l’évolution des bibliothèques afin de favoriser l’élargissement de leur public et l’extension de leurs horaires. Le projet vise une « mobilisation nationale auprès des collectivités territoriales pour les sensibiliser à la question des horaires et repenser les bibliothèques comme des lieux de cohésion sociale ».
L’écrivain Erik Orsenna, membre de l’Académie française, fera des préconisations après un tour de France des bibliothèques, en mars 2018.